Une grande étude en préparation pour évaluer les conséquences du passé minier à Saint-Yrieix-la-Perche.
Article de G.Bellavoine publié dans le Populaire du Centre le 19/06/2026.
Pour Gilles Guibaud, docteur en chimie et en microbiologie de l’eau à l’université de Limoges, les données sont insuffisantes aujourd’hui pour parler d’une pollution à l’arsenic dans l’ancien district minier de Saint-Yrieix-la-Perche. L’alerte mérite toutefois d’être donnée.
Sollicité pour nous éclairer sur les risques de l’arsenic d’une façon générale, Gilles Guibaud nous a confié suivre de près le dossier des anciennes mines d'or de Saint-Yrieix-la-Perche, après avoir été consulté par les services de l'État.
« Les citoyens sont inquiets dans ce secteur, autour d’un passé minier, qu'on découvre ou qu'on redécouvre », constate le directeur du laboratoire E2Lim. A raison ? « Je ne veux pas botter en touche, mais on ne connait pas réellement l'ampleur du problème à Saint-Yrieix-la-Perche. Où se trouve l'arsenic ? Comment circule-t-il ? Quelle est l'exposition de la population ? Nous avons des hypothèses de travail, mais nous n'avons pour le moment pas assez de données locales pour les vérifier. On utilise le mot de pollution, je préférerais parler de présence avérée d’arsenic sur le territoire », pose-t-il.
Une étude de trois an
Une vaste étude pourrait être déployée dans l'ancien district minier entre 2027 et 2030, informe-t-il. « On a déjà fait une réunion avec les deux agences de l'eau concernées (le territoire est partagé entre Loire-Bretagne et Adour-Garonne) ainsi qu'un certain nombre d’acteurs, pour confirmer le besoin d'une étude », affirme Gilles Guibaud, ajoutant que le financement est « presque acté ». L'objectif est d'aboutir à des résultats « robustes » pour répondre à la question des risques liés à l'arsenic, explique-t-il.
« Cet arsenic existe à l'état naturel dans la région. Le problème est que l'exploitation minière l'a sorti du sous-sol, où il ne présentait aucun danger, pour qu'il se retrouve en surconcentration, à l'air libre, et lessivé par les eaux. D'un autre côté, l'exploitation souterraine a laissé des galeries, où les eaux, que l'on appelle les eaux d’exhaure, se chargent en arsenic avant de s'écouler dans le milieu naturel », synthétise l’universitaire.
Des décennies après la fermeture des mines, des teneurs anormales en arsenic sont toujours constatées. « Aujourd'hui, la connaissance progresse, et on sait que l’on aura ces problèmes d’arsenic pendant un certain nombre de décennies, quasiment jusqu'à l'épuisement du stock, Et on a un stock qui, a priori, est important. On a des sites miniers qui sont émetteurs de pollution parce qu’à l'époque, on n'a pas fait ce qu'il fallait pour confiner le risque. On n'avait sûrement pas les connaissances ni la pression environnementale d'aujourd'hui », note Gilles Guibaud.
Quelles sont les conséquences pour l'environnement ? « Le problème de l'arsenic reste localisé à Saint-Yrieix. En aval, l'Isle rencontre d’autres cours d’eau avec peu d’arsenic, ce qui entraîne mécaniquement une dilution. En ce qui concerne l'eau potable, on sait très bien la traiter quand on sait qu’il y a un problème d’arsenic, de façon robuste et fiable », souligne l’enseignant-chercheur, qui soulève d’autres difficultés, comme les légumes issus des maraîchages locaux, l'érosion éolienne et l'exposition aux poussières.
Quelle solution ?
Si une pollution était avérée à l'issue de l'étude, son éradication ne serait pas chose aisée. « On est capables de construire une alvéole et de déplacer des centaines ou des milliers de mètres cubes de stériles miniers pour les placer dedans. Cela peut coûter 20, 30, 40, 50 millions d'euros, mais c’est facile à faire, entre guillemets. En revanche, quand vous avez une pollution diffuse, dans des dizaines d’étangs, particulièrement nombreux dans la région, sur des centaines de kilomètres carrés, qui peut sortir à un moment précis de l'année, qu'est-ce qu'on fait ? »

